ITW : Jean-Marc Collienne à fleur de peau
C’est le transfert de l’année ! Passé d’Antenne Réunion à Réunion 1ère en août dernier, Jean-Marc Collienne occupe plus que jamais le devant de la scène. Mais celui qu’on surnomme volontiers le PPDA local a une vie en dehors du JT. Père de quatre enfants, dont il assure la garde alternée, le journaliste star n’oublie pas sa vie de famille. Ni les blessures de son enfance. Interview vérité.
Votre transfert chez Réunion 1ère en a étonné plus d’un ! Etait-ce une surprise pour vous aussi ou l’aviez-vous prémédité ?
C’était dans l’air… Avec Réunion 1ère, nous avons eu des contacts multiples ces dernières années. Les discussions ont toujours été d’une grande qualité. J’étais depuis longtemps sur Antenne Réunion, je peux même dire que j’étais au début de l’aventure. Je n’en garde que de bons souvenirs. Mais je trouvais souvent difficile de concilier l’éthique journalistique et la logique commerciale d’une chaîne privée. Je n’ai jamais caché par exemple mon désaccord sur la place, trop importante à mon sens, accordée aux faits divers. De l’autre côté, Réunion 1ère me proposait un nouveau challenge ; et sur une chaîne du service public, qui plus est. Je ne veux pas donner l’impression de « cracher dans la soupe », mais l’opportunité était belle. Après vingt ans de relation, tout ça a pu paraitre un peu brutal car il y a un côté affectif évident. Mais si ma décision semble rapide, je peux vous dire qu’elle est le fruit d’une longue maturation !
Parlez-nous de votre enfance. Dans quelles conditions avez-vous grandi ?
Je suis né à Liège, en Belgique, au sein d’une famille de trois enfants. Mes racines sont plutôt populaires : du côté de mon père, on était agriculteurs et ma mère était la fille d’immigrés italiens. A neuf ans, j’ai perdu mon père dans un accident de voiture. C’est un drame qui a marqué ma vie. J’ai certainement manqué d’un père. D’autant plus que, sans doute à la suite d’un mécanisme de défense psychologique, j’ai effacé tous les souvenirs de lui. Mais j’estime avoir eu une enfance heureuse car la famille était soudée. Ma mère nous a transmis des valeurs fortes de tolérance, d’ouverture aux autres, de respect… Il y avait beaucoup de fêtes, d’amitié. Nous avons vécu des rencontres et des expériences d’une grande richesse. Tout cela m’a rendu, je crois, hypersensible. Et le fait d’avoir manqué d’un père est sans doute pour beaucoup dans la volonté d’être moi-même un papa très présent.
Qu’est-ce qui vous a conduit à La Réunion ?
La recherche d’une meilleure qualité de vie ! J’avais la volonté d’équilibrer mes vies familiale et professionnelle. La Réunion permet ça. Par le jeu du hasard et des rencontres, j’y suis venu une première fois en 1991 pour participer au lancement d’Antenne Réunion. Ensuite, je suis retourné en Belgique où j’ai notamment présenté le JT de 13h sur RTL TV. Puis, je suis revenu à La Réunion en 2000 car l’île me manquait, presque physiquement. Finalement, mon histoire avec cette île date d’une vingtaine d’années. Aujourd’hui, je m’y sens chez moi.
Parlons de votre vie de famille. Combien d’enfants avez-vous ?
J’ai quatre enfants : deux garçons et deux filles. Fiona a 23 ans, Lucian a 21 ans, Vanille en a 16 et Matteo, 14. L’aînée a terminé ses études et débute une carrière de journaliste à Bruxelles. Les deux derniers sont au lycée et au collège. Quant à Lucian, il suit une Licence Info-Com à Saint-Denis. Nous l’avons adopté en Roumanie à l’âge de huit mois, à la suite d’un coup de cœur. C’était la période de l’après-Ceausescu. Vous vous souvenez sans doute de ces images terribles
d’orphelinats, avec ces enfants qui dodelinaient de la tête dans leur berceau parce que personne ne les avait jamais pris dans les bras… On pouvait avoir des enfants, mais on avait envie d’offrir une famille à un bébé qui n’en avait pas. On a vécu une période un peu difficile à l’adolescence avec pas mal de questionnements, mais les choses se sont arrangées progressivement.
Il est souvent difficile pour un père de trouver sa place durant la grossesse de son épouse. Comment ça s’est passé pour vous ?
Quand Fiona est née, j’avais à peine 25 ans. C’était un choix, pas un accident. Nous voulions vraiment avoir un enfant. Mais l’expérience a été assez traumatisante car il a fallu procéder à un accouchement d’urgence à la suite d’un décollement du placenta. Ensuite, nous avons perdu un bébé après cinq mois de grossesse. Ces expériences, et l’adoption de Lucian, m’ont profondément marqué. Mais tout ça, c’est du passé. Aujourd’hui, nos enfants sont en pleine forme.
Vous êtes-vous senti père dès le premier jour ou vous a-t-il fallu du temps ?
Je me suis senti père dès le départ car j’en avais vraiment la volonté. Cela dit, le choix d’être papa relativement jeune se fait un peu au détriment de la vie de couple. Les enfants sont au centre de ma vie depuis plus de vingt ans. Ca a longtemps été ma valeur « bonheur » N°1 ! La contrepartie, c’est que l’enfant devient vite le centre du monde. Il prend beaucoup de place. Avec le recul, je me dis que j’ai du manquer d’autorité, notamment vis-à-vis de mes deux garçons. Je pense qu’il faut préserver des moments d’intimité pour le couple, ne pas laisser les enfants tout envahir. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, surtout quand on est une famille de quatre enfants et que les parents ont tous les deux des métiers très prenants.
Aujourd’hui, comment vivez-vous ?
Je suis séparé de mon ex-femme depuis deux ans. Ce n’est pas facile car nous avons vécu une histoire longue et belle. Il n’est jamais évident de démarrer une nouvelle vie après tant d’années de compagnonnage. En outre, même si nos enfants sont grands, la garde alternée n’est pas toujours simple. Et quand on rentre après le JT à 20h30, qu’il faut assurer le dîner, vérifier les devoirs, ce n’est pas facile. Mais heureusement, on s’entend très bien avec mon ex-épouse. Aujourd’hui, j’ai une nouvelle compagne qui a elle-même un enfant de 4 ans : ça me replonge dans la vie de famille avec jeune enfant ! Il faut croire que ça me manquait !
Quel type de papa êtes-vous : plutôt père Noël ou père Fouettard, papa poule ou papa cool, papa gâteau ou Papagayo ?
Papagayo, je ne connais pas. Vous me dite que c’est le nom d’une célèbre boîte de nuit à Saint-Tropez ? A vrai dire, je n’ai jamais été très fêtard. Ça m’est arrivé, bien sûr. Et encore parfois aujourd’hui. Mais je me définirais plutôt en papa cool, papa poule et papa gâteau. J’ai longtemps organisé les anniversaires de mes enfants. Avec eux, je faisais la cuisine, la lecture, des jeux de société. On partait au camping ou en voyage… J’ai toujours adoré ça.
Vous êtes un personnage public. Est-ce que ça complique la relation aux enfants en termes d’éducation, de transmission, de sens des réalités ?…
Cela a du être un peu compliqué pour eux car ils étaient perçus en tant que « fils de… ». En même temps, je crois qu’ils en sont fiers. Je n’ai pas d’attachement aux valeurs matérielles, et c’est ce que j’espère le plus leur transmettre. En revanche, je trouve que les valeurs morales doivent transpirer dans la manière d’être : ce n’est pas la peine d’en rajouter ! Personnellement, je tiens à rester humble et discret. C’est relativement facile dans la mesure où les gens sont respectueux et bienveillants avec moi, jamais pesants. Honnêtement, je n’ai pas à me plaindre. J’ai plutôt un bon capital sympathie, les gens me renvoient de l’amour : il y a pire comme situation, y compris pour la famille.
Que feriez-vous de différent si vous pouviez changer quelque chose à votre vie ?
J’essaierais de ralentir. J’ai le sentiment d’être toujours dans le devoir plutôt que dans la satisfaction, trop perfectionniste, avec un petit côté jamais satisfait. C’est vrai dans mon métier comme dans ma vie privée. J’ai le goût du travail bien fait. Mais c’est compliqué de placer la barre très haut à tous les niveaux, au boulot et dans la vie quotidienne, d’être dans la course permanente. J’y travaille. L’idée est de conserver mes valeurs mais d’alléger un peu la pression. Etre quelqu’un de bien, ce serait déjà pas si mal.




