Le déni de grossesse: un phénomène mystérieux, mais réel
Durant longtemps, faute d’études relatives à ce sujet, on a cru que le déni de grossesse relevait de la volonté de la femme. En quelque sorte on faisait un amalgame entre le déni de grossesse et la grossesse cachée volontairement. Pourtant nous savons aujourd’hui que le déni de grossesse est un phénomène complexe et que le psychisme de l’individu contrôle en partie les évolutions du corps. Il s’agit d’un phénomène peu fréquent puisque 1600 femmes seraient touchées chaque année par le déni de grossesse. Des recherches sont menées pour comprendre ce phénomène, notamment depuis les affaires d’infanticides qui ont horrifié l’opinion publique et soulevé le débat autour de la question qui intrigue : grossesse cachée ou déni de grossesse ?
Comprendre la pathologie
Lorsqu’il y a déni de grossesse, la future maman n’a tout simplement pas conscience d’être enceinte. Autrement dit, il peut arriver à un moment donné de la vie d’une femme, pour des raisons personnelles, que la réalité d’avoir un enfant ne soit pas imaginable ou envisageable. Il s’agit d’une pathologie pouvant toucher tout type de femme, sans distinction d’âge ou de catégorie sociale. Cette grossesse particulière se caractérise par son imperceptibilité, c’est-à-dire que l’on ne perçoit aucun signe d’une grossesse habituelle, le ventre peut rester plat sans que la femme prenne de poids et sans qu’elle ressente les traditionnels symptômes d’une grossesse comme les nausées. Du fait que la future maman est « aveugle » face à son état, l’entourage peut ne rien percevoir également. Par ailleurs, les menstruations peuvent très bien durer tout le temps de la grossesse.
Le déni de grossesse peut se révéler sous différentes formes. Il peut s’agir d’un déni total qui peut aller jusqu’à l’accouchement et la femme peut, durant 9 mois porter un enfant sans même le sentir bouger. Il est arrivé que des jeunes femmes se présentent chez leur médecin pour des douleurs au ventre et qu’on leur annonce que le travail avait commencé nous raconte le docteur Chandey, psychologue au centre hospitalier de Cayenne. C’est comme si le bébé faisait tout pour ne pas se faire voir. Il se loge derrière les organes et se développe en longueur, de façon à ce que l’on ne puisse distinguer de forme au niveau du ventre.
Le déni peut aussi être caractérisé de partiel ou d’affectif, la femme est à demi consciente, c’est-à-dire qu’elle capte les signaux que lui envoie son corps, mais psychologiquement elle refuse cet état. En général, les effets de la grossesse sont alors visibles au 5e ou au 6e mois. Par ailleurs, il se peut que le ventre prenne soudainement sa forme arrondie dès lors que la future maman aura trouvé les mots pour expliquer son refus.
Savoir en parler pour apprendre à accepter
Le docteur Chabas, psychologue dans un cabinet de psychologie et psychothérapie à Matoury nous explique qu’un suivi est très recommandé, car l’arrivée du bébé est imprévue et n’a donc pas été préparée. Par ailleurs, il se peut que cette naissance soudaine soit vécue difficilement et ressentie comme un choc, par la mère, le père ou les parents si la maman est mineure. Les conséquences sur le long terme sont encore mal connues néanmoins la relation mère enfant risque d’être menacée c’est pourquoi l’entourage joue un rôle important, de soutien et d’accompagnement.
Vers qui peut-on se tourner ? En Guyane tout le personnel médical est disposé à apporter écoute, aide et conseil aux futures mamans : sages femmes, psychologues, psychiatres. Par ailleurs nos psychologues rappellent que si un membre de l’entourage aperçoit des changements dans le corps de la femme, s’il a des soupçons, le mieux est encore d’essayer d’en parler avec la maman.
L’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse (www.afrdg.info), basée à Toulouse se propose d’apporter un soutien aux femmes qui souffrent ou on souffert du déni de grossesse. On trouve sur le site internet de l’association des forums pour échanger et partager son expérience ainsi que des témoignages comme celui de cette jeune femme, qui a découvert sa grossesse à la moitié de son terme :
« Il y a 1 an j’apprenais que j’étais enceinte de 6 mois 1/2 j’ai même pu savoir le sexe du bébé ce jour- à, ça allait être une petite fille. J’ai beaucoup culpabilisé surtout que j’avais 3 enfants. J’ai mis du temps à accepter ma grossesse, mon ventre a grossi en quelques jours, les nausées sont apparues, mais je n’ai jamais senti bébé bouger. J’ai beaucoup pleuré puis je me suis dit elle est là la petite puce elle a rien demandé il faut l’accepter 3 mois sont passés… Très vite ! Et Lola est née ça a été un grand bonheur. Nous avons fait connaissance toutes les deux de peau a peau et là ça a été un grand moment elle m’a regardée et quelque chose c’est passé …
Je repense toujours à ce jour d’octobre 2009 et ca me rend triste j’ai besoin d’en parler je pense que ça a du être un grand choc pour moi, mais que je n’ai jamais voulu l’admettre aujourd’hui je savoure le bonheur d’être avec mes enfants, car au fond de moi je me dis que j’ai de chance ! »
Article réalisé grâce à la participation de Mme CHABAS, psychologue à Matoury et de Mme CHANDEY, psychologue à l’hôpital de Cayenne.
E.Zonca




